21 avril 2010

Chris


Chris est une artiste.

Ça se voit à l'encre sur ses mains et à l'écharpe improbable qu'elle porte même quand il fait beau.

Elle observe, attentive et critique son reflet dans la vitre. Beau travail, se congratule-t-elle. Je l'exposerais bien mais mon art est éphémère et la performance temporaire.


Demain son chef-d'œuvre sera peut être une composition à partir des remous d'une flaque. Elle la jugera digne du MoMA, bien que, la seule trace de l'œuvre, d'une traînée boueuse maculera ses Converses neuves.

24 mars 2010

Eine Ziege aß meinen Paß. (Week-end à Munich)

Non je n'ai pas acheté de souvenirs. Parce que pour moi un souvenir ça ne s'achète pas. Je ne ressens pas le besoin de ramener des preuves matérielles de mes pérégrinations. D'ailleurs j'ai même oublié mon appareil photo. Je l'avais pourtant posé en évidence sur le bureau et mis des piles à charger. Quelque chose comme un acte manqué...
Je suis partie comme une voleuse. Non. L'expression ne convient pas. Pourquoi un voleur partirait en laissant derrière lui tout ce qui peut avoir une quelconque valeur marchande ? Je suis partie comme un punk à chien, emportant seulement le strict minimum dans mon bagage à main.

En vrac je me souviens : 

De l'allemand bourré qui lance des sorts de protection, du Jared Leto* très motivé, de l'art contemporain et un badge à l'emploi incertain, de la bière, des églises, beaucoup d'églises, et des clochers et dedans des cloches qui n'arrêtent pas de sonner. Nan sans dec', c'est fou la concentration d'églises au m² ! Ya toujours un carillon qui sonne quelque part. Des bâtiments hauts et imposants, massifs mais au décors exubérant. Du gothique flamboyant. Des avions tout petits et des nuages. Des pâtisseries incroyablement addictives, des gens sages qui attendent que le petit bonhomme soit vert pour traverser, un mec qui raconte sa vie dans le micro des U-bahn, de la bière mais je crois que je l'ai déjà dit. Du choc des cultures avec une tour chinoise dans un jardin anglais avec au pied un bier garten, un singe qui joue au hockey, des grasses matinées et des heures de sommeil en moins.



* Sur ce blog il y a une proportion assez incroyable d'articles qui mentionnent Mr Leto-le-motivé-qui-over-diphtongue-les-mots(genre quand il dit "our" ya au moins 10 syllabes dans le mot), non ce n'est pas une obsession.

8 mars 2010

Journée de la femme

On peut être féministe (quoi qu'aujourd'hui ce mot ne veut plus dire grand chose) et trouver la journée de la femme juste absurde.

Rien que la formulation pose problème.

C'est assez rétrograde de penser "la femme" comme une entité globale quasi mythique. En son temps (les années 70, une époque lointaine où internet n'existait pas) Lacan disait "la femme n'existe pas". L'expression à l'époque mal comprise par les féministes signifiait simplement qu'il n'existe pas de figure totale de la Femme éternelle et immuable. Il n'y a pas de Femme mythique, moitié d'un Tout dont l'homme serait le centre. Il n'y a pas de femme en général mais des femmes particulières, personnelles, incarnées.

La Femme en tant que construction mythique chantée par les poètes n'est qu'une vue de l'esprit qu'il serait bon d'oublier au XXIe siècle.

25 février 2010

Procrastination

Procrastination, running circles in my head
Simple Plan



En rentrant de vacances j'ai changé tous mes meubles de place, mis les livres qui étaient sur la cheminée sur l'étagère et du coup complétement réorganisé l'étagère en question, classé les factures, rangé rationnellement certains papiers importants, refait les piles de vêtements dans mon placard. Et puis j'ai vu cette vidéo.

Procrastination from Johnny Kelly on Vimeo.

Là j'ai réalisé que la procrastination était mon quotidien. Ce n'est pas simplement des devoirs faits à la dernière minute, des révisions en catastrophe la veille des exams. C'est bien pire. C'est la moindre tache repoussée, j'irais demain chez le cordonnier, je passerais plus tard au secrétariat. C'est une quantité de projets entamés jamais achevés, une pile de tissus qui attend derrière le rideau, un futur tableau qui prend la poussière. C'est lire au moins trois livres en même temps, et en commencer un nouveau à dix pages de la fin. 
C'est me lever assez tôt pour avoir le temps de ne rien faire.
C'est lire mes emails sans y répondre, pour y revenir plus tard, quand j'aurais le temps.
Procrastination is making a cup of tea, puis une autre, puis une autre, s'arrêter de bosser parce que c'est l'heure de goûter, boulotter du gingembre confit.
C'est passer minimum une heure tous les matins à consulter les infos, et puis plus tard feuilleter des magazines de mode japonais, traîner sur des sites de design. C'est emprunter des tas de livres à la bibliothèque en me disant que je travaillerais plus tard. C'est faire toutes les recherches pour un devoir mais rédiger au dernier moment. C'est passer le premier quart d'heure de chaque partiel le nez en l'air à regarder les autres travailler.
C'est tout faire traîner, ce sont les ampoules grillées, les boutons décousus, la vaisselle sale, des trucs tombés par terre et qui le restent. 
C'est me faire les ongles, me mettre de la crème sur les mains et du baume à lèvres.
Ce sont les listes qui s'accumulent sur mon bureau, dans mon agenda, dans mes carnets : passer au pressing, aller chercher le canapé, rendre les bouquins, acheter les billets de train, faire les courses, encaisser le chèque et aussi explication de texte anglais, dossier de presse, anthologie d'énigmes, exposé crise de vers, dossier Spleen de Paris, fiches de lecture...
C'est être incapable de se projeter dans l'avenir : qu'est-ce-que tu me parles de cet été, c'est dans super longtemps, je verrais plus tard, quand je serais grande, non je ne me vois pas avec un métier et des enfants, je mourrais de toute façon à vingt-cinq ans. 


C'est moi qui époussette le clavier plutôt que de conclure mon article.

20 février 2010

Du thé et des zombies

C’est ce qui résume Pride and Prejudicies and Zombies (Orgueil et Préjugés et Zombies en VF), le tripatouillage du classique de Jane Austen par Seth Grahame Smith.
La famille Bennet compte toujours cinq filles à marier, mais cinq guerrières prêtes à interrompre leurs tergiversations amoureuses pour pourfendre des hordes d’innommables.
Les péripéties sentimentales des sœurs Bennet, marquées par la réserve et les convenances sont entrecoupées d’affrontements avec des cadavres friands de cervelles fraîches.
Si les morts vivants s’invitent aux bals et perturbent les déplacements en voiture à chevaux, ils restent cependant de simples nuisances à exterminer avant de se rendre aux différents évènements mondains. Le texte original n’est finalement que très peu modifié et l’intrigue amoureuse, notamment entre Elisabeth et l’arrogant Darcy, domine.
C’est chouette, c’est drôle et décalé, on (re)lie un classique sans s‘en rendre compte.

Peut être que parsemer un classique de la littérature anglaise de petites touches de gore est le meilleur moyen de le faire lire.
Mélanger œuvre instituée et culture populaire est une bonne idée (même si à mon humble avis Grahame Smith ne va pas assez loin). L’horreur, la science fiction, la fantasy restent des genres marginaux méprisés, pas sérieux, pas valorisants alors qu'il s'écrit des trucs chouettes qui font réfléchir/mettent mal à l'aise/fascinent dans ces genres.

29 janvier 2010

Des livres

Si je m'astreignais à une publication journalière, le contenu de cet article aurait pu faire l'objet d'une bonne cinquaine de billets tellement j'ai une foultitude de choses à dire, tellement ma syntaxe est approximative...

Tout d'abord, J. D. Salinger, l'auteur de l' Attrape-cœur est décédé aujourd'hui à 91 ans.
 The Catcher in the Rye en VO raconte les deux jours d'errance dans New York du jeune Holden Caulfield après s'être fait viré de son école. 
Et déjà les éditeurs s'agitent pour savoir s'il n'y aurait pas des inédits à publier et pas mal de fric à faire. Après le succès de son roman Salinger avait publié quelques nouvelles avant de se retirer du monde littéraire sans pour autant cesser d'écrire. Alors peut être qu'il existe une sorte de malle au trésor contenant tous ces textes (ou à défaut un disque dur) confié à un ami qui avait reçu pour mission de tout brûler à sa mort. Mais l'histoire littéraire a prouvé que ce genre d'ami n'est pas toujours fiable (genre Kafka et d'autres).
La publication posthume de textes pose problème c'est sûr, surtout si l'auteur était contre. Et comment porter un jugement sur la qualité littéraire de cette œuvre potentielle quand le prestige du nom de l'auteur vient d'être magnifier par son récent décès ?

Mark David Chapman, l'assassin de John Lennon avait un exemplaire sur lui au moment où il s'est fait arrêté. Le film Chapitre 27 avec Jered Leto, qui pour le coup n'est pas beau et fait même très peur (mais toutes les règles ont leurs exceptions : L'eau bout à cent degrés mais pas sur la Lune/ Jared Leto est beau mais pas dans Chapitre 27) montre l'obsession de Chapman pour ce bouquin qui lui fait perdre le sens des réalités et le pousse au meurtre.

Oui les livres sont dangereux.

D'ailleurs ont devrait les brûler.

Parce que le feu c'est "antiseptique, esthétique et pratique" comme le dit Beatty le capitaine des pompiers à Montag dans Fahrenheit 451 de Ray Bradbury.
J'ai fini ce bouquin il y a quelques jours et ce qui m'a le plus frappé c'est la pertinence et l'actualité de la vision de Ray Bradbury. Dans ce monde on brûle les livres, car en fournissant des informations contradictoires, en décrivant des situations irréalistes ils poussent les gens à s'interroger ce qui les éloigne de la paix et du bonheur. A la place la population est gavée d'informations, saturée d'images via les murs écrans de leurs salons ou les Coquillages, sorte d'écouteurs portés en permanence. La traque de Montag, l'ex pompier pyromane est retransmise en direct dans tous les foyers comme une prémonition de la télé réalité. Aujourd'hui les flux d'actualités, les tweets et autres statuts nous permettent de savoir ce qui se passe en direct à l'autre bout du monde. Mais au fond qu'est-ce que ça nous apporte de connaître les fonctionnalités de l' Ipad ?
" Bourrez les gens de donnée incombustibles, gorgez-les de faits, qu'ils se sentent gavés, mais absolument brillants côté information. Ils auront l'impression de penser, ils auront le sentiment du mouvement tout en faisant du sur-place." écrit Bradbury en 1953.
57 ans plus tard sa vision semble se confirmer, l'information l'emporte sur l'analyse, l'actualité efface la mémoire, le numérique supplante les formats papier .


Pourtant le livre intéresse encore du moins en tant qu'objet si l'on en juge par les créations de designers, architectes et autre créateurs qui se sont penchés sur l'objet livre .


 
Une bibliothèque-escalier, © Levitate Architects


 Un serre livre fou, © Design My World


Une chouette idée de marque-page, 
“Jacket+Bookmark” © Igor Udushlivy


Un collier de livres, © The Black Spot Books



Bon se sera tout pour aujourd'hui. Je voulais aussi parler de zombies et de Jane Austen mais je n'ai plus le temps donc ce sera pour une autre fois. 
See ya.

22 janvier 2010

What a stimulating denim !

Alors qu'au lieu de faire mon explication de texte en anglais, de lire tous le bouquins que je sais que je dois lire pour ce semestre depuis septembre ou réfléchir à mes contre-arguments pour l'exo de culture g, je feuilletais virtuellement le Woofin Girl de février, je suis tombée sur le comble du mauvais goût vestimentaire.

Pas de fausse fourrure, d'imprimé léopard ni de folles matières chatoyantes. Non non non. Bien pire.




L'objet du délit : un chouette pantalon avec une fermeture éclair judicieusement placée...


...qui se décline en plusieurs longueurs pour convenir à tout le monde...

A ce niveau là autant porter une pancarte "baise moi ici et maintenant"
Face à de telles inventions je me sens bien prude avec ma jupe taille haute à bretelles et mes bottines de catin.